Appelés « Ibisunzu » en langue nationale, les ignames font partie des cultures traditionnelles vivrières du Burundi. Oubliées, ignorées et sa culture négligée avec l’avènement d’autres tubercules modernes, les ignames sont pourtant d’une grande importance dans la sécurité alimentaire de par sa résilience aux changements climatiques. Elles sont une source de revenu pour ses cultivateurs, exportables et donc une source de devises. C’est sans oublier ses vertus médicinales. Toutes ces raisons ont motivé l’Institut des sciences agronomiques du Burundi (Isabu) à vouloir réhabiliter cette culture.

La principale espèce d’igname jadis cultivée au Burundi était « Dioscoreaalata », connue sous le nom de «igisunzu » dans les régions du Kirimiro, Buyenzi et Moso, ou « ikire » dans les régions de l’Imbo et du Mumirwa. Mais, avec l’introduction de nouvelles variétés d’autres cultures à racines et tubercules notamment le manioc, la pomme de terre et la patate douce, la culture d’ignames a été progressivement abandonnée. Pour ceux qui ne les connaissent pas, les ignames sont des plantes lianescentes et grimpantes, qui produisent des tubercules ovoïdes, parfois aplaties ou en forme de massue allongée, atteignant 1 m de longueur, avec un poids compris entre 3 et 5 kg. La peau des ignames est généralement jaune, mais elle peut être presque blanche ou plus foncée de brunâtre à noirâtre, alors que la chair est généralement blanche, parfois jaunâtre.

Maintenir la sécurité alimentaire

Jadis, selon l’agronome Ernest Vyizigiro, directeur de l’antenne régionale de l’Isabu à Gisozi, les ignames avaient été intégrées dans le système burundais d’exploitation agricole eu égard à sa grande capacité de production et à son niveau élevé d’adaptation aux conditions climatiques marginales. « Elles se développent bien dans les zones de basse et moyenne altitudes et tolèrent une faible pluviométrie » explique l’agronome de l’Isabu. Pourtant, continue l’agronome, les ignames produisent les plus grands tubercules par rapport à ceux des autres cultures tuberculeuses. Ce qui leur confère la qualité de maintenir la sécurité alimentaire dans un pays où la malnutrition chronique touche 57% des enfants burundais de moins de 5 ans.

Et pour les cultivateurs et vendeurs d’ignames, il s’agit d’une aubaine. Jean-Pierre Niyongabo de Bukemba donne le témoignage édifiant suivant : « J’ai commencé le business de vendre des ignames en 2017 avec un capital de seulement 5 000 FBu et je suis aujourd’hui à un capital de 4 millions de FBu. » Les ignames sont ainsi donc une source de revenus.

Cultivées à grande échelle, les ignames peuvent être exportées. Le Nigeria qui est le plus grand producteur d’ignames au monde, et qui l’exporte en Europe et aux Etats-Unis pour diversifier son économie peut servir d’exemple. Mieux, l’igname a des vertus médicinales et est conseillée aux diabétiques. Jean Gatabazi, un cultivateur d’ignames à Kirundo en témoigne dans ces termes : « Étant diabétique, depuis que j’ai commencé à consommer régulièrement des ignames, mon état de santé s’est nettement stabilisé ».

Des essais dans trois communes du pays

Face à tous ces avantages, et dans le but d’assurer la conservation, la multiplication et l’utilisation rationnelle des ressources phytogénétiques traditionnelles ainsi que de promouvoir les cultures autochtones pour la résilience aux changements climatiques, l’Isabu a pris les devants afin de réhabiliter cette culture. Des essais ont, à cette fin, été réalisés dans trois communes, à savoir Cendajuru à Cankuzo, Kinyinya et Gisuru à Ruyigi avec deux variétés (ikire et igikongo) de l’espèce Dioscoreaalata, une variété (igihonge) de l’espèce Dioscorearotundata et une variété (ikiriga) de l’espèce Dioscoreadumetorum.

Parmi les trois espèces d’ignames essayées, une seule a donné les effets escomptés. Il s’agit de Dioscoreaalata avec ses variétés « igikongo » et « Ikire ». Considérant l’aspect de la végétation, la quantité et la taille des tubercules à la récolte, la variété « igikongo » a été indiquée comme la plus préférée par la population de six sites où les essais ont été conduits. Les différents rendements de cette variété sont restés supérieurs à ceux des autres variétés presque dans tous les sites avec un bon aspect des tubercules par rapport aux autres espèces.

Le rapport des résultats des essais relate que la réhabilitation de ce trésor passera par l’installation des champs pilotes de multiplication de la variété « igikongo » qui a répondu favorablement au premier essai, la création des champs communautaires de multiplication  des semences d’ignames et l’organisation d’une formation à l’endroit des cultivateurs sur les stratégies de multiplication et de conservation des ignames ainsi que leurs avantages.

Franck Arnaud NDORUKWIGIRA

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